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Florian Rousseau : “Il faut respecter les JO”

Le 23 juillet 2008
Florian Rousseau : “Il faut respecter les JO”

AFP / J. SAGET

Cinq collégiens ont rencontré Florian Rousseau, l’un des sportifs français les plus titrés. Le champion de cyclisme sur piste entraîne aujourd’hui les coureurs qui vont défendre les couleurs de la France aux Jeux olympiques de Pékin. Interview.

Serez-vous présent aux JO de Pékin qui débutent le 8 août prochain ?

Oui, bien sûr, pas en tant que sportif, mais comme entraîneur, puisque j’encadre désormais 11 athlètes de niveau international. Plusieurs ont été champions du monde. C’est le cas d’Arnaud Tournant ou de François Pervis… Ils ont de grandes chances de remporter des médailles. J’ai confiance en eux.

Quel est votre meilleur souvenir en tant que sportif ?
À Atlanta (États-Unis), en 1996, je découvrais les JO, c’était un moment très fort. Mais à Sydney (Australie), en 2000, je savais gérer la pression et ne pas me laisser griser. Cela m’a aidé à ne pas perdre mon objectif de vue. Ces jeux restent mon meilleur souvenir car j’ai obtenu trois médailles (deux médailles d’or en keirin et en vitesse par équipe, une médaille d’argent en vitesse individuelle, NDLR). L’émotion était donc encore plus importante.

Quand on a gagné 4 médailles aux JO, 18 médailles aux championnats du monde, 17 titres de champion de France, etc., est-ce qu’il est difficile de devenir entraîneur ?
Quitter la compétition n’est pas facile. Ne plus vivre la sensation que l’on éprouve en franchissant une ligne d’arrivée est comme un deuil, une petite mort. Il faut bien un an ou deux pour retrouver des repères. Aujourd’hui, je suis heureux d’être entraîneur. En 2000, j’ai suivi une formation pour être professeur de sport, j’y ai appris des quantités de notions sur la physiologie et la psychologie. Mais on devient aussi entraîneur sur le terrain. J’ai eu la chance de commencer pendant six mois avec mon ancien entraîneur, Gérard Quintyn, qui m’a transmis un peu de son savoir avant de me laisser seul. Petit à petit, je me suis rendu compte que j’aimais transmettre, encadrer, donner des conseils, faire partager ma passion.

Que pensez-vous du parcours mouvementé de la flamme olympique à Paris, le 7 avril dernier ?
Les incidents lors du parcours de la flamme à Paris m’ont beaucoup choqué. C’est regrettable. Cette flamme représente les valeurs de l’olympisme, on n’avait pas le droit de s’en prendre à elle, ni aux sportifs qui la portaient. Certains ont reçu des projectiles, voire même des crachats, d’autres ont été bousculés. Il ne faut pas oublier qu’il y a peu d’événements sportifs qui réussissent à réunir autant de personnes différentes par leur culture, leur religion, etc. Il faut respecter les JO. Les hommes politiques et les dirigeants économiques doivent prendre leurs responsabilités et ne pas se cacher derrière les sportifs. Les sportifs, quant à eux, ont le droit de s’exprimer, bien sûr, mais il ne faut pas mêler sport et politique.

Depuis quel âge pratiquez-vous le cyclisme ?
J’ai commencé par le football, comme beaucoup de garçons. C’est par hasard que je suis venu au cyclisme, à l’âge de 11 ans. Mon parrain, qui pratiquait ce sport, m’a offert un vélo de course et m’a poussé un jour à faire une compétition sur route. Je l’ai gagnée. Ce fut une véritable révélation, une passion pour ce sport. J’ai rapidement été remarqué. À 16 ans, on m’a proposé d’intégrer l’Insep (1). C’était une opportunité incroyable, et j’ai tout de suite accepté.

Quelles sont les valeurs véhiculées par ce sport ?
Le cyclisme est un sport individuel très exigeant. Il faut du travail et de la rigueur pour réussir. Mais ce n’est pas un sport que l’on pratique seul. L’émulation entre les coéquipiers permet de se surpasser pour être le meilleur et briller pendant les compétitions. On a toujours besoin les uns des autres pour progresser. Quand on gagne, on partage les instants de bonheur avec son entraîneur, ses coéquipiers, les mécaniciens. En fait, c’est la victoire de toute une équipe.

Quels sont les sacrifices imposés par le sport de haut niveau ?
Quand j’étais collégien, je m’entraînais cinq à sept heures par semaine. En entrant à l’Insep, j’ai dû m’entraîner beaucoup plus : 20 à 25 heures par semaine. J’ai aussi fait de la musculation. J’ai beaucoup travaillé car j’avais envie de progresser et j’avais l’ambition de participer à des compétitions internationales. Pour moi, cela ne représentait pas un sacrifice, c’était une passion. Mais il faut reconnaître que la compétition à haut niveau entraîne un mode de vie différent de celui des autres jeunes : moins de sorties, car il faut beaucoup de sommeil pour être performant et récupérer rapidement, avoir une alimentation équilibrée et variée et éviter les excès, même si on est gourmand !

Quel est votre principal message aux jeunes collégiens ?
J’ai été en échec scolaire quand j’étais jeune. J’ai repris mes études en 2000. C’est l’époque où j’ai le mieux réussi sur tous les plans. Je veux faire comprendre aux jeunes que faire du sport et des études apporte un équilibre. Même si on n’est pas vraiment sportif, il faut pratiquer un sport. C’est essentiel pour être bien dans son corps et sa tête, pour apprendre le respect des personnes et des règles. Il est également indispensable de poursuivre ses études, car il faut penser à son avenir.

Propos recueillis par Émeline, Anne-Sophie, Vincent, Maxime et Jeff ; du collège Alphonse-Daudet, à Draveil (91).

(1)    Insep : Institut national du sport et de l’éducation physique.

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