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Bêtes et hommes : une relation intime
Le 27 septembre 2007
 Entretien avec Vinciane Despret, psychologue et philosophe, commissaire scientifique de l’exposition Bêtes et hommes, à la Grande Halle de la Vilette à Paris*.
Les Clés : Avons-nous quelque chose apprendre du monde animal ? Vinciane Despret : On a déjà beaucoup appris dans le passé. Dans l’Antiquité, les Grecs cultivaient une forme d’intelligence qu’ils disaient avoir acquise au contact des animaux : la rouerie, la ruse, la duplicité, le sens de l’opportunité, la vigilance. Les Grecs, un peuple de marins, de pêcheurs et de chasseurs, disaient que c’est dans le monde animal qu’ils allaient puiser les ressources pour apprendre à devenir de bons prédateurs eux- mêmes. Aujourd’hui aussi nous avons à apprendre des animaux. Ainsi on a par exemple découvert grâce à eux des molécules dont on ignorait l’existence et la fonction, elles ont permis de mettre au point des médicaments contre la gangrène, les parasites et certaines infections.
- La relation entre l’homme et l’animal s’est-t-elle modifiée au cours du temps ?
V. D. : Les études montrent qu’elle a évolué. Nous avons notamment une plus grande sensibilité à l’égard des animaux domestiques. Au Moyen-âge, le grand plaisir, c’était de jeter des chats du haut d’une tour dans un feu, une chose inimaginable de nos jours. À l’égard du monde sauvage, cette relation a aussi changé. On se rend bien compte que la nature est en danger, d’où un souci plus grand de protection des espèces.
- Au contact des humains, l’animal lui-même a t-il changé ?
V. D. : C’est vrai pour certaines espèces. Un chercheur américain a étudié les corbeaux dans la région du Vermont, des animaux réputés terriblement farouches et timides. À sa plus grande surprise, il a découvert que les corbeaux vivaient en paix avec les hommes, partageaient l’espace urbain, “jouaient”, faisaient des glissades sur les toits, etc. Le loup d’après les bergers aussi aurait changé de comportement. On a constaté que lorsqu’il est protégé, le loup a beaucoup moins peur de l’homme.
Propos recueillis par Michel Heurteaux
* Exposition à la Grande Halle de la Villette, Paris, du 12 septembre au 20 janvier 2008. Infos : www.betesethommes.fr
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